Rechercher

AAAAAH NON 😭


https://www.ledevoir.com/vivre/voyage/524024/reportage-les-algues-sargasses-cauchemar-des-caraibes

Voyage 

Les pays et territoires qui entourent la mer des CaraĂŻbes sont une nouvelle fois confrontĂ©s Ă  une crise sĂ©vĂšre qui menace autant l’économie et l’environnement que la santĂ© des populations locales. En effet, de la Riviera Maya mexicaine Ă  la Martinique, en passant par Cuba et la RĂ©publique dominicaine, ce sont des milliers de kilomĂštres de plage qui se retrouvent envahis, pour la troisiĂšme fois depuis 2011, par des Ă©chouages quotidiens et massifs d’algues brunes. Les nombreux touristes qui frĂ©quentent ces paradis tropicaux pour fuir les rigueurs de l’hiver l’auront remarquĂ© : jour aprĂšs jour, des quantitĂ©s considĂ©rables d’algues sargasses s’accumulent sur les plages de rĂȘve et viennent gĂącher la carte postale. Une barriĂšre brune imposante et odorante (la dĂ©composition des algues dĂ©gage une forte odeur d’oeufs pourris) sĂ©pare dĂ©sormais le blanc immaculĂ© du sable du bleu turquoise de l’ocĂ©an, et commence Ă  dĂ©courager les vacanciers, comme en tĂ©moignent les messages de mĂ©contentement et de mise en garde qui s’accumulent, eux, sur les sites d’évaluation comme TripAdvisor. Par ailleurs, un rapport d’expertise mis Ă  jour en mars 2017 par l’Agence nationale de sĂ©curitĂ© sanitaire française (ANSES) observe qu’en Guadeloupe, en 2015, plusieurs restaurants ont fermĂ© lors de la derniĂšre invasion d’algues et que des hĂŽtels ont perdu jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires annuel. Les impacts Photo: David Himbert Chaque matin, qu’ils soient Ă  Playa del Carmen, Ă  Santa Lucia ou Ă  Punta Cana, les plaisanciers assistent Ă  un va-et-vient incessant d’ouvriers, plus ou moins bien Ă©quipĂ©s, attelĂ©s au ramassage des algues. La crise reprĂ©sente donc une menace rĂ©elle pour toute la CaraĂŻbe, dont l’économie est constituĂ©e essentiellement des revenus du tourisme. C’est la raison pour laquelle chaque matin, qu’ils soient Ă  Playa del Carmen, Ă  Santa Lucia ou Ă  Punta Cana, les plaisanciers assistent Ă  un va-et-vient incessant d’ouvriers, plus ou moins bien Ă©quipĂ©s, attelĂ©s au ramassage des algues. Des moyens diffĂ©rents selon la richesse des pays concernĂ©s sont effectivement dĂ©ployĂ©s, allant des machines de terrassement mises Ă  disposition par l’État français sur les cĂŽtes de la Guadeloupe et de la Martinique Ă  la simple fourche et Ă  la brouette pour les 4000 travailleurs mexicains dĂ©ployĂ©s pour l’occasion. L’industrie de la pĂȘche, l’autre pilier de l’économie des CaraĂŻbes, est Ă©galement touchĂ©e par la crise, car les bancs d’algues s’accumulent dans les ports et endommagent les Ă©quipements. Une menace Ă©conomique qui se double d’une menace Ă©cologique, puisque l’échouage massif des algues sur les cĂŽtes entraĂźne la mort de nombreuses espĂšces de poissons, causĂ©e par la formation de milieux carencĂ©s en dioxygĂšne. L’impact sur l’écosystĂšme a Ă©galement des consĂ©quences directes sur la reproduction des tortues, qui peinent Ă  atteindre la plage pour pondre, et quand elles y parviennent, ce sont les petits qui sont empĂȘchĂ©s par les algues de retourner Ă  la mer. Si ces accumulations de vĂ©gĂ©taux sur les plages du Sud semblent, pour les experts français, sans danger pour la santĂ© des touristes, il en va autrement pour les populations locales en contact permanent avec les algues, et le rapport de l’ANSES confirme que l’exposition aux Ă©manations d’algues sargasses en dĂ©composition est toxique du fait des concentrations d’hydrogĂšne sulfurĂ© (H2S). Le document prĂ©cise que ces Ă©manations entraĂźnent des symptĂŽmes d’irritation oculaire et respiratoire, des troubles neurologiques (maux de tĂȘte, perte d’équilibre, perte de mĂ©moire), ainsi que des troubles cardiorespiratoires et cardiovasculaires pouvant conduire au dĂ©cĂšs. Par ailleurs, la forte propension des algues Ă  accumuler des mĂ©taux lourdscomme l’arsenic et le cadmium prĂ©occupe les scientifiques. L’organisme a donc formulĂ© un ensemble de recommandations qui visent Ă  limiter l’exposition du public par un ramassage systĂ©matique des algues Ă©chouĂ©es, par le balisage des chantiers de ramassage (c.-Ă -d. les plages) et par la mise en place de campagnes de sensibilisation de la population. RĂ©chauffement et pollution Cette prolifĂ©ration d’algues sargasses trouve ses origines dans le golfe de l’Amazone, oĂč le deuxiĂšme fleuve du monde dĂ©verse dans l’ocĂ©an prĂšs de 20 % de l’eau douce mondiale. C’est Ă  cet endroit qu’on a pu observer une nouvelle mer des Sargasses (en rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©gion abondante en vĂ©gĂ©taux de l’ocĂ©an Atlantique dĂ©couverte par Christophe Colomb), une zone propice Ă  la croissance et au dĂ©veloppement des algues par la conjugaison de facteurs possiblement favorables. Parmi ces facteurs, les experts de l’ANSES Ă©voquent le rĂ©chauffement des eaux, consĂ©quence directe du rĂ©chauffement climatique, qui crĂ©erait un milieu favorable Ă  la prolifĂ©ration. Ils s’interrogent Ă©galement sur les particularitĂ©s climatiques de 2010, annĂ©e pendant laquelle on a observĂ© des vents plus faibles et une moindre frĂ©quence des tempĂȘtes, ce qui a pu favoriser, dans des eaux plus calmes, la concentration de nutriments. Mais c’est surtout vers l’activitĂ© humaine autour du fleuve Amazone qu’il faut se tourner pour comprendre le phĂ©nomĂšne. Chaque jour, des quantitĂ©s incalculables d’eaux polluĂ©es sont dĂ©versĂ©es dans le fleuve. Une pollution provoquĂ©e par le mauvais traitement des eaux usĂ©es, et surtout par le dĂ©versement de mĂ©taux lourds, dont le mercure, par les orpailleurs clandestins qui les utilisent pour amalgamer l’or. De plus, l’agriculture et les coupes intensives, Ă©galement Ă  l’origine de l’afflux de nutriments (phosphates, nitrates), seraient des facteurs dĂ©terminants dans la croissance des algues. On retrouve aussi ces nutriments dans les eaux du fleuve Congo, oĂč l’on a Ă©galement observĂ© ce phĂ©nomĂšne d’échouage sur les cĂŽtes africaines. Des solutions ? La crise est complexe, et ses causes sont encore hypothĂ©tiques, mĂȘme si les Ă©tudes rĂ©centes, comme celles rassemblĂ©es par le Gulf Coast Research Laboratory de l’UniversitĂ© Southern Mississippi, sont rigoureuses et documentĂ©es. Mais s’il devait se confirmer que c’est bien la pollution gĂ©nĂ©rĂ©e par l’activitĂ© humaine qui provoque cette accumulation d’algues brunes sur les plages des CaraĂŻbes, il serait difficile d’ĂȘtre immĂ©diatement optimiste, puisque rien n’indique un prochain ralentissement de la surexploitation de nos ressources. En revanche, plusieurs initiatives visent Ă  endiguer le phĂ©nomĂšne, comme le ramassage en pleine mer, qui permettrait la sauvegarde de l’industrie touristique, ou encore l’ouverture d’usines de retraitement, comme Ă  Sainte-Lucie, afin de transformer l’algue en compost. Une chose est sĂ»re, c’est un phĂ©nomĂšne qui ne cesse de s’accentuer depuis son apparition en 2011, et il faudra plus que de la bonne volontĂ© et des brouettes pour l’endiguer. Cependant, parmi les bonnes nouvelles, le secrĂ©taire d’État au Tourisme mexicain vient d’annoncer la mise en place d’un projet de collaboration avec l’UniversitĂ© de Galveston, au Texas, qui a pour but de mieux comprendre, Ă  l’aide d’images satellites, le dĂ©placement des herbes marines. À lire aussi Saint-Georges, la capitale de la Grenade, vue de la mer Grenade: l’üle verte et son or bleu Cette partie des Antilles sĂ©duit par sa nature, ses Ă©pices, ses randonnĂ©es, ses rĂ©cifs, ses Ă©paves. 4 novembre 2017 Au dĂ©part de Paradise Beach, c’est Ă  bord du «MS Allison», de la compagnie Isle of Reefs Tours, qu’on se rend Ă  Sandy Island. 

Voyage Les pays et territoires qui entourent la mer des CaraĂŻbes sont une nouvelle fois confrontĂ©s Ă  une crise sĂ©vĂšre qui menace autant l’économie et l’environnement que la santĂ© des populations locales. En effet, de la Riviera Maya mexicaine Ă  la Martinique, en passant par Cuba et la RĂ©publique dominicaine, ce sont des milliers de kilomĂštres de plage qui se retrouvent envahis, pour la troisiĂšme fois depuis 2011, par des Ă©chouages quotidiens et massifs d’algues brunes. Les nombreux touristes qui frĂ©quentent ces paradis tropicaux pour fuir les rigueurs de l’hiver l’auront remarquĂ© : jour aprĂšs jour, des quantitĂ©s considĂ©rables d’algues sargasses s’accumulent sur les plages de rĂȘve et viennent gĂącher la carte postale. Une barriĂšre brune imposante et odorante (la dĂ©composition des algues dĂ©gage une forte odeur d’oeufs pourris) sĂ©pare dĂ©sormais le blanc immaculĂ© du sable du bleu turquoise de l’ocĂ©an, et commence Ă  dĂ©courager les vacanciers, comme en tĂ©moignent les messages de mĂ©contentement et de mise en garde qui s’accumulent, eux, sur les sites d’évaluation comme TripAdvisor. Par ailleurs, un rapport d’expertise mis Ă  jour en mars 2017 par l’Agence nationale de sĂ©curitĂ© sanitaire française (ANSES) observe qu’en Guadeloupe, en 2015, plusieurs restaurants ont fermĂ© lors de la derniĂšre invasion d’algues et que des hĂŽtels ont perdu jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires annuel. Les impacts Photo: David Himbert Chaque matin, qu’ils soient Ă  Playa del Carmen, Ă  Santa Lucia ou Ă  Punta Cana, les plaisanciers assistent Ă  un va-et-vient incessant d’ouvriers, plus ou moins bien Ă©quipĂ©s, attelĂ©s au ramassage des algues. La crise reprĂ©sente donc une menace rĂ©elle pour toute la CaraĂŻbe, dont l’économie est constituĂ©e essentiellement des revenus du tourisme. C’est la raison pour laquelle chaque matin, qu’ils soient Ă  Playa del Carmen, Ă  Santa Lucia ou Ă  Punta Cana, les plaisanciers assistent Ă  un va-et-vient incessant d’ouvriers, plus ou moins bien Ă©quipĂ©s, attelĂ©s au ramassage des algues. Des moyens diffĂ©rents selon la richesse des pays concernĂ©s sont effectivement dĂ©ployĂ©s, allant des machines de terrassement mises Ă  disposition par l’État français sur les cĂŽtes de la Guadeloupe et de la Martinique Ă  la simple fourche et Ă  la brouette pour les 4000 travailleurs mexicains dĂ©ployĂ©s pour l’occasion. L’industrie de la pĂȘche, l’autre pilier de l’économie des CaraĂŻbes, est Ă©galement touchĂ©e par la crise, car les bancs d’algues s’accumulent dans les ports et endommagent les Ă©quipements. Une menace Ă©conomique qui se double d’une menace Ă©cologique, puisque l’échouage massif des algues sur les cĂŽtes entraĂźne la mort de nombreuses espĂšces de poissons, causĂ©e par la formation de milieux carencĂ©s en dioxygĂšne. L’impact sur l’écosystĂšme a Ă©galement des consĂ©quences directes sur la reproduction des tortues, qui peinent Ă  atteindre la plage pour pondre, et quand elles y parviennent, ce sont les petits qui sont empĂȘchĂ©s par les algues de retourner Ă  la mer. Si ces accumulations de vĂ©gĂ©taux sur les plages du Sud semblent, pour les experts français, sans danger pour la santĂ© des touristes, il en va autrement pour les populations locales en contact permanent avec les algues, et le rapport de l’ANSES confirme que l’exposition aux Ă©manations d’algues sargasses en dĂ©composition est toxique du fait des concentrations d’hydrogĂšne sulfurĂ© (H2S). Le document prĂ©cise que ces Ă©manations entraĂźnent des symptĂŽmes d’irritation oculaire et respiratoire, des troubles neurologiques (maux de tĂȘte, perte d’équilibre, perte de mĂ©moire), ainsi que des troubles cardiorespiratoires et cardiovasculaires pouvant conduire au dĂ©cĂšs. Par ailleurs, la forte propension des algues Ă  accumuler des mĂ©taux lourdscomme l’arsenic et le cadmium prĂ©occupe les scientifiques. L’organisme a donc formulĂ© un ensemble de recommandations qui visent Ă  limiter l’exposition du public par un ramassage systĂ©matique des algues Ă©chouĂ©es, par le balisage des chantiers de ramassage (c.-Ă -d. les plages) et par la mise en place de campagnes de sensibilisation de la population. RĂ©chauffement et pollution Cette prolifĂ©ration d’algues sargasses trouve ses origines dans le golfe de l’Amazone, oĂč le deuxiĂšme fleuve du monde dĂ©verse dans l’ocĂ©an prĂšs de 20 % de l’eau douce mondiale. C’est Ă  cet endroit qu’on a pu observer une nouvelle mer des Sargasses (en rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©gion abondante en vĂ©gĂ©taux de l’ocĂ©an Atlantique dĂ©couverte par Christophe Colomb), une zone propice Ă  la croissance et au dĂ©veloppement des algues par la conjugaison de facteurs possiblement favorables. Parmi ces facteurs, les experts de l’ANSES Ă©voquent le rĂ©chauffement des eaux, consĂ©quence directe du rĂ©chauffement climatique, qui crĂ©erait un milieu favorable Ă  la prolifĂ©ration. Ils s’interrogent Ă©galement sur les particularitĂ©s climatiques de 2010, annĂ©e pendant laquelle on a observĂ© des vents plus faibles et une moindre frĂ©quence des tempĂȘtes, ce qui a pu favoriser, dans des eaux plus calmes, la concentration de nutriments. Mais c’est surtout vers l’activitĂ© humaine autour du fleuve Amazone qu’il faut se tourner pour comprendre le phĂ©nomĂšne. Chaque jour, des quantitĂ©s incalculables d’eaux polluĂ©es sont dĂ©versĂ©es dans le fleuve. Une pollution provoquĂ©e par le mauvais traitement des eaux usĂ©es, et surtout par le dĂ©versement de mĂ©taux lourds, dont le mercure, par les orpailleurs clandestins qui les utilisent pour amalgamer l’or. De plus, l’agriculture et les coupes intensives, Ă©galement Ă  l’origine de l’afflux de nutriments (phosphates, nitrates), seraient des facteurs dĂ©terminants dans la croissance des algues. On retrouve aussi ces nutriments dans les eaux du fleuve Congo, oĂč l’on a Ă©galement observĂ© ce phĂ©nomĂšne d’échouage sur les cĂŽtes africaines. Des solutions ? La crise est complexe, et ses causes sont encore hypothĂ©tiques, mĂȘme si les Ă©tudes rĂ©centes, comme celles rassemblĂ©es par le Gulf Coast Research Laboratory de l’UniversitĂ© Southern Mississippi, sont rigoureuses et documentĂ©es. Mais s’il devait se confirmer que c’est bien la pollution gĂ©nĂ©rĂ©e par l’activitĂ© humaine qui provoque cette accumulation d’algues brunes sur les plages des CaraĂŻbes, il serait difficile d’ĂȘtre immĂ©diatement optimiste, puisque rien n’indique un prochain ralentissement de la surexploitation de nos ressources. En revanche, plusieurs initiatives visent Ă  endiguer le phĂ©nomĂšne, comme le ramassage en pleine mer, qui permettrait la sauvegarde de l’industrie touristique, ou encore l’ouverture d’usines de retraitement, comme Ă  Sainte-Lucie, afin de transformer l’algue en compost. Une chose est sĂ»re, c’est un phĂ©nomĂšne qui ne cesse de s’accentuer depuis son apparition en 2011, et il faudra plus que de la bonne volontĂ© et des brouettes pour l’endiguer. Cependant, parmi les bonnes nouvelles, le secrĂ©taire d’État au Tourisme mexicain vient d’annoncer la mise en place d’un projet de collaboration avec l’UniversitĂ© de Galveston, au Texas, qui a pour but de mieux comprendre, Ă  l’aide d’images satellites, le dĂ©placement des herbes marines. À lire aussi Saint-Georges, la capitale de la Grenade, vue de la mer Grenade: l’üle verte et son or bleu Cette partie des Antilles sĂ©duit par sa nature, ses Ă©pices, ses randonnĂ©es, ses rĂ©cifs, ses Ă©paves. 4 novembre 2017 Au dĂ©part de Paradise Beach, c’est Ă  bord du «MS Allison», de la compagnie Isle of Reefs Tours, qu’on se rend Ă  Sandy Island. 

Voyage Les pays et territoires qui entourent la mer des CaraĂŻbes sont une nouvelle fois confrontĂ©s Ă  une crise sĂ©vĂšre qui menace autant l’économie et l’environnement que la santĂ© des populations locales. En effet, de la Riviera Maya mexicaine Ă  la Martinique, en passant par Cuba et la RĂ©publique dominicaine, ce sont des milliers de kilomĂštres de plage qui se retrouvent envahis, pour la troisiĂšme fois depuis 2011, par des Ă©chouages quotidiens et massifs d’algues brunes. Les nombreux touristes qui frĂ©quentent ces paradis tropicaux pour fuir les rigueurs de l’hiver l’auront remarquĂ© : jour aprĂšs jour, des quantitĂ©s considĂ©rables d’algues sargasses s’accumulent sur les plages de rĂȘve et viennent gĂącher la carte postale. Une barriĂšre brune imposante et odorante (la dĂ©composition des algues dĂ©gage une forte odeur d’oeufs pourris) sĂ©pare dĂ©sormais le blanc immaculĂ© du sable du bleu turquoise de l’ocĂ©an, et commence Ă  dĂ©courager les vacanciers, comme en tĂ©moignent les messages de mĂ©contentement et de mise en garde qui s’accumulent, eux, sur les sites d’évaluation comme TripAdvisor. Par ailleurs, un rapport d’expertise mis Ă  jour en mars 2017 par l’Agence nationale de sĂ©curitĂ© sanitaire française (ANSES) observe qu’en Guadeloupe, en 2015, plusieurs restaurants ont fermĂ© lors de la derniĂšre invasion d’algues et que des hĂŽtels ont perdu jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires annuel. Les impacts Photo: David Himbert Chaque matin, qu’ils soient Ă  Playa del Carmen, Ă  Santa Lucia ou Ă  Punta Cana, les plaisanciers assistent Ă  un va-et-vient incessant d’ouvriers, plus ou moins bien Ă©quipĂ©s, attelĂ©s au ramassage des algues. La crise reprĂ©sente donc une menace rĂ©elle pour toute la CaraĂŻbe, dont l’économie est constituĂ©e essentiellement des revenus du tourisme. C’est la raison pour laquelle chaque matin, qu’ils soient Ă  Playa del Carmen, Ă  Santa Lucia ou Ă  Punta Cana, les plaisanciers assistent Ă  un va-et-vient incessant d’ouvriers, plus ou moins bien Ă©quipĂ©s, attelĂ©s au ramassage des algues. Des moyens diffĂ©rents selon la richesse des pays concernĂ©s sont effectivement dĂ©ployĂ©s, allant des machines de terrassement mises Ă  disposition par l’État français sur les cĂŽtes de la Guadeloupe et de la Martinique Ă  la simple fourche et Ă  la brouette pour les 4000 travailleurs mexicains dĂ©ployĂ©s pour l’occasion. L’industrie de la pĂȘche, l’autre pilier de l’économie des CaraĂŻbes, est Ă©galement touchĂ©e par la crise, car les bancs d’algues s’accumulent dans les ports et endommagent les Ă©quipements. Une menace Ă©conomique qui se double d’une menace Ă©cologique, puisque l’échouage massif des algues sur les cĂŽtes entraĂźne la mort de nombreuses espĂšces de poissons, causĂ©e par la formation de milieux carencĂ©s en dioxygĂšne. L’impact sur l’écosystĂšme a Ă©galement des consĂ©quences directes sur la reproduction des tortues, qui peinent Ă  atteindre la plage pour pondre, et quand elles y parviennent, ce sont les petits qui sont empĂȘchĂ©s par les algues de retourner Ă  la mer. Si ces accumulations de vĂ©gĂ©taux sur les plages du Sud semblent, pour les experts français, sans danger pour la santĂ© des touristes, il en va autrement pour les populations locales en contact permanent avec les algues, et le rapport de l’ANSES confirme que l’exposition aux Ă©manations d’algues sargasses en dĂ©composition est toxique du fait des concentrations d’hydrogĂšne sulfurĂ© (H2S). Le document prĂ©cise que ces Ă©manations entraĂźnent des symptĂŽmes d’irritation oculaire et respiratoire, des troubles neurologiques (maux de tĂȘte, perte d’équilibre, perte de mĂ©moire), ainsi que des troubles cardiorespiratoires et cardiovasculaires pouvant conduire au dĂ©cĂšs. Par ailleurs, la forte propension des algues Ă  accumuler des mĂ©taux lourdscomme l’arsenic et le cadmium prĂ©occupe les scientifiques. L’organisme a donc formulĂ© un ensemble de recommandations qui visent Ă  limiter l’exposition du public par un ramassage systĂ©matique des algues Ă©chouĂ©es, par le balisage des chantiers de ramassage (c.-Ă -d. les plages) et par la mise en place de campagnes de sensibilisation de la population. RĂ©chauffement et pollution Cette prolifĂ©ration d’algues sargasses trouve ses origines dans le golfe de l’Amazone, oĂč le deuxiĂšme fleuve du monde dĂ©verse dans l’ocĂ©an prĂšs de 20 % de l’eau douce mondiale. C’est Ă  cet endroit qu’on a pu observer une nouvelle mer des Sargasses (en rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©gion abondante en vĂ©gĂ©taux de l’ocĂ©an Atlantique dĂ©couverte par Christophe Colomb), une zone propice Ă  la croissance et au dĂ©veloppement des algues par la conjugaison de facteurs possiblement favorables. Parmi ces facteurs, les experts de l’ANSES Ă©voquent le rĂ©chauffement des eaux, consĂ©quence directe du rĂ©chauffement climatique, qui crĂ©erait un milieu favorable Ă  la prolifĂ©ration. Ils s’interrogent Ă©galement sur les particularitĂ©s climatiques de 2010, annĂ©e pendant laquelle on a observĂ© des vents plus faibles et une moindre frĂ©quence des tempĂȘtes, ce qui a pu favoriser, dans des eaux plus calmes, la concentration de nutriments. Mais c’est surtout vers l’activitĂ© humaine autour du fleuve Amazone qu’il faut se tourner pour comprendre le phĂ©nomĂšne. Chaque jour, des quantitĂ©s incalculables d’eaux polluĂ©es sont dĂ©versĂ©es dans le fleuve. Une pollution provoquĂ©e par le mauvais traitement des eaux usĂ©es, et surtout par le dĂ©versement de mĂ©taux lourds, dont le mercure, par les orpailleurs clandestins qui les utilisent pour amalgamer l’or. De plus, l’agriculture et les coupes intensives, Ă©galement Ă  l’origine de l’afflux de nutriments (phosphates, nitrates), seraient des facteurs dĂ©terminants dans la croissance des algues. On retrouve aussi ces nutriments dans les eaux du fleuve Congo, oĂč l’on a Ă©galement observĂ© ce phĂ©nomĂšne d’échouage sur les cĂŽtes africaines. Des solutions ? La crise est complexe, et ses causes sont encore hypothĂ©tiques, mĂȘme si les Ă©tudes rĂ©centes, comme celles rassemblĂ©es par le Gulf Coast Research Laboratory de l’UniversitĂ© Southern Mississippi, sont rigoureuses et documentĂ©es. Mais s’il devait se confirmer que c’est bien la pollution gĂ©nĂ©rĂ©e par l’activitĂ© humaine qui provoque cette accumulation d’algues brunes sur les plages des CaraĂŻbes, il serait difficile d’ĂȘtre immĂ©diatement optimiste, puisque rien n’indique un prochain ralentissement de la surexploitation de nos ressources. En revanche, plusieurs initiatives visent Ă  endiguer le phĂ©nomĂšne, comme le ramassage en pleine mer, qui permettrait la sauvegarde de l’industrie touristique, ou encore l’ouverture d’usines de retraitement, comme Ă  Sainte-Lucie, afin de transformer l’algue en compost. Une chose est sĂ»re, c’est un phĂ©nomĂšne qui ne cesse de s’accentuer depuis son apparition en 2011, et il faudra plus que de la bonne volontĂ© et des brouettes pour l’endiguer. Cependant, parmi les bonnes nouvelles, le secrĂ©taire d’État au Tourisme mexicain vient d’annoncer la mise en place d’un projet de collaboration avec l’UniversitĂ© de Galveston, au Texas, qui a pour but de mieux comprendre, Ă  l’aide d’images satellites, le dĂ©placement des herbes marines. 



4 vues

VOUS N'ÊTES PAS ENCORE ABONNÉ AU SITE 

CELA NE PREND QUE QUELQUES SECONDES !  

  • SoundCloud sociale IcĂŽne
  • Blogger IcĂŽne sociale
  • Facebook
  • YouTube
  • Instagram
  • Twitter
  • Pinterest

© bengagnon.net  2019 - 2020 - Tous les droits sont rĂ©servĂ©s.

CrĂ©Ă© avec wix.com - Laval-QuĂ©bec-Canada- Ben Gagnon

Benoit Gagnon| Artiste | Auteur compositeur interprĂšte | Blogueur | Raconteur | crĂ©ateur | voyageur |webmaster | Youtubeur | RĂȘveur

Vous pouvez seulement me texter à ce numéro :

514-893-6792

don_edited.png

REGROUPEMENT CENTRES PRÉVENTION SUICIDE